{"id":4468,"date":"2011-03-24T17:28:47","date_gmt":"2011-03-24T21:28:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.surfzen.com\/cscp\/2011\/03\/24\/jean-luc-marion-certitudes-negatives-2.html"},"modified":"2011-03-24T17:28:47","modified_gmt":"2011-03-24T21:28:47","slug":"jean-luc-marion-certitudes-negatives-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/2011\/03\/24\/jean-luc-marion-certitudes-negatives-2","title":{"rendered":"Jean-Luc Marion, Certitudes n\u00e9gatives"},"content":{"rendered":"<div style=\"width: 321px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.amazon.ca\/CERTITUDES-N%C3%89GATIVES-JEAN-LUC-MARION\/dp\/2246669316%3FSubscriptionId%3DAKIAIBIYTWWZ6WMXPQEQ%26tag%3Dc0e58-20%26linkCode%3Dxm2%26camp%3D2025%26creative%3D165953%26creativeASIN%3D2246669316\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"book \" src=\"http:\/\/ecx.images-amazon.com\/images\/I\/41XUjEVHfrL._SL500_.jpg\" alt=\"\" width=\"311\" height=\"500\" \/><\/a><p class=\"wp-caption-text\">Cliquer pour consulter Amazon.ca<\/p><\/div>\n<p><strong>Jean-Luc Marion, <em>Certitudes n\u00e9gatives<\/em>. Paris\u00a0: Grasset, 2010; 324 pages. ISBN\u00a0: 978-2246669319.<\/strong><\/p>\n<p><em>Par Claudia-Cristina Serban, Universit\u00e9 Paris-Sorbonne (Paris IV). <em><em>Publi\u00e9 dans Symposium 15:2 (2011).<\/em><\/em><\/em><\/p>\n<p>Jean-Luc Marion pr\u00e9sente son dernier ouvrage comme une continuation, voire une conclusion (au moins provisoire) de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation \u00e9labor\u00e9e dans ses livres pr\u00e9c\u00e9dents (notamment <em>\u00c9tant donn\u00e9<\/em>, <em>De surcro\u00eet<\/em>, <em>Le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9rotique<\/em> et <em>Au lieu de soi<\/em><sup>1<\/sup>) dans le prolongement desquels l\u2019Avant-propos l\u2019inscrit, en le pla\u00e7ant sous le signe d\u2019un m\u00eame dessein de \u00ab\u00a0travailler \u00e0 un \u00e9largissement du th\u00e9\u00e2tre de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9<sup>2<\/sup> \u00bb. Nous nous concentrerons dans ce qui suit principalement sur l\u2019apport in\u00e9dit des analyses qui nous sont propos\u00e9es et sur les infl\u00e9chissements qu\u2019elles font subir \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9rateur central du nouvel \u00e9largissement annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part est le concept qui donne le titre de l\u2019ouvrage\u00a0: celui de certitude n\u00e9gative, d\u00e9signant, comme nous l\u2019apprenons tout au long de l\u2019ouvrage, la modalit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique ou le type d\u2019\u00e9vidence qui correspond au ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9, par contraste avec la \u00ab\u00a0certitude positive\u00a0\u00bb que suscite l\u2019oppos\u00e9 m\u00eame du ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9, l\u2019objet. L\u2019enjeu de l\u2019introduction de cette nouvelle modalit\u00e9 de la certitude est non seulement de soustraire le domaine de la saturation \u00e0 la connaissance vague ou incertaine (t\u00e9moignant d\u2019une adh\u00e9sion fid\u00e8le \u00e0 l\u2019id\u00e9al cart\u00e9sien de la certitude), mais surtout de briser l\u2019\u00e9quivalence entre certitude et objectivation. Ce dont on peut \u00eatre certain n\u2019est pas forc\u00e9ment ce que l\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 objectiver, et c\u2019est pour cette raison que \u00ab\u00a0la certitude positive\u00a0\u00bb \u2013 dont la logique prescrit, au contraire, que \u00ab\u00a0[r]ien ne devient certain qui ne devienne aussi un objet\u00a0\u00bb (CN, 13) \u2013 \u00ab\u00a0n\u2019accomplit pas toute certitude\u00a0\u00bb (CN, 15).<\/p>\n<p>De ce concept de certitude n\u00e9gative, renvoyant \u00e0 la certitude qu\u2019occasionne ce qui n\u2019est pas objet et r\u00e9siste \u00e0 l\u2019objectivation, Jean-Luc Marion indique dans l\u2019Introduction de son ouvrage deux avatars plus anciens, deux pr\u00e9figurations qui sont en m\u00eame temps cens\u00e9es souligner sa pertinence philosophique\u00a0: la connaissance cart\u00e9sienne des \u00ab\u00a0limites de l\u2019esprit (<em>ingenii limites<\/em>)\u00a0\u00bb selon la huiti\u00e8me des <em>Regulae<\/em> et la Critique kantienne comme entreprise aboutissant \u00e0 \u00ab\u00a0une <em>certitude n\u00e9gative<\/em> de l\u2019impossibilit\u00e9 de certaines connaissances\u00a0\u00bb (CN, 17, 18). C\u2019est toujours de Kant que s\u2019inspire l\u2019invention m\u00eame du concept de certitude n\u00e9gative\u00a0: l\u2019<em>Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur n\u00e9gative<\/em> de 1763 fournirait une premi\u00e8re et exemplaire d\u00e9monstration du fait que \u00ab\u00a0le n\u00e9gatif lui-m\u00eame peut donner lieu \u00e0 certitude\u00a0\u00bb (CN, 19). Si la grandeur n\u00e9gative est un type de r\u00e9alit\u00e9 traditionnellement situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la privation et du non-\u00eatre<sup>3<\/sup>, que Kant entend de r\u00e9habiliter dans sa positivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans son effectivit\u00e9, en montrant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re car susceptible de produire des effets, la certitude n\u00e9gative n\u2019est \u00e9videmment pas une cat\u00e9gorie du r\u00e9el mais nomme la modalit\u00e9 cognitive qui correspond \u00e0 un certain type de r\u00e9alit\u00e9. Et les r\u00e9alit\u00e9s qui ne pr\u00eatent qu\u2019\u00e0 des certitudes n\u00e9gatives ne sont rien moins que des \u00ab\u00a0grandeurs n\u00e9gatives\u00a0\u00bb au sens de Kant, puisque ce qui les caract\u00e9rise n\u2019est pas la privation ou la p\u00e9nurie, mais au contraire l&rsquo;exc\u00e8s\u00a0: ce ne sont pas des ph\u00e9nom\u00e8nes pauvres en intuition<sup>4<\/sup>, mais des ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s. Aussi, il importe de remarquer que la certitude n\u00e9gative n\u2019est pas, comme pourrait laisser le croire l\u2019invocation des grandeurs n\u00e9gatives kantiennes, la mani\u00e8re dont on conna\u00eet le n\u00e9gatif<sup>5<\/sup>: c\u2019est au contraire l\u2019\u00e9minente et d\u00e9bordante positivit\u00e9 de ce qui, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, ne se laisse pas objectiver, qui l\u2019appelle.<\/p>\n<p>De cette consid\u00e9ration transpara\u00eet plus clairement la mani\u00e8re dont l\u2019introduction du concept de certitude n\u00e9gative s\u2019inscrit dans l\u2019horizon de la saturation. Ainsi, les quatre exemples privil\u00e9gi\u00e9s qui structurent l\u2019ouvrage \u2013 l\u2019homme, Dieu, le don et l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u2013 ont en commun le fait de nommer un inobjectivable qui peut n\u00e9anmoins \u00eatre source d\u2019un certain type de certitude, bien qu\u2019uniquement n\u00e9gative. L\u2019impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre positivement qu\u2019ils suscitent fait signe vers une impossibilit\u00e9 plus profonde, et c\u2019est la connaissance de cette impossibilit\u00e9 et de la limite qui la trace qui fait \u00e9clore la certitude n\u00e9gative. (Nous ne nous attarderons pas dans ce qui suit sur le d\u00e9tail de ces analyses, mais poursuivrons notre objectif qui est de mettre en \u00e9vidence les apports novateurs de l\u2019ouvrage pour le projet d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation).<\/p>\n<p>Le rapport entre certitude n\u00e9gative et saturation sous-tend \u00e9galement la distinction ma\u00eetresse propos\u00e9e par Jean-Luc Marion dans son nouvel ouvrage et qui comporte \u00e0 son tour une r\u00e9sonance kantienne\u00a0: la distinction des ph\u00e9nom\u00e8nes en objets et \u00e9v\u00e9nements, selon le titre du \u00a7\u00a027. Cette distinction nous place r\u00e9solument en terre ph\u00e9nom\u00e9nologique, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne qui constitue le concept supr\u00eame de la division. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est plus seulement une rubrique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du domaine de l\u2019objet en g\u00e9n\u00e9ral, comme chez Kant<sup>6<\/sup>; c\u2019est au contraire l\u2019objet qui d\u00e9signe \u00e0 pr\u00e9sent une des divisions du champ du ph\u00e9nom\u00e8ne. Les rapports traditionnels entre ph\u00e9nom\u00e8ne et objet subissent donc un renversement. Et si l\u2019objet est devenu par l\u00e0 un concept subordonn\u00e9, cela signifie surtout qu\u2019il n\u2019\u00e9puise pas la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 (alors que, du moins pour la premi\u00e8re <em>Critique<\/em> kantienne, tout ph\u00e9nom\u00e8ne est objet), qu\u2019il y a des ph\u00e9nom\u00e8nes qui ne sont pas objectivables et ne se soumettent donc pas aux conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les ph\u00e9nom\u00e8nes ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 des objets, mais certains adviennent comme des \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb (CN, 276).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on assez inattendue, cette hypoth\u00e8se d\u2019un non-objet est illustr\u00e9e en un premier temps dans <em>CN<\/em> \u00e0 partir du dispositif (kantien) que la nouvelle distinction est cens\u00e9e r\u00e9cuser, par l\u2019exemple de la chose en soi comme noum\u00e8ne au sens n\u00e9gatif, exemple appel\u00e9 \u00e0 montrer que Kant lui-m\u00eame a reconnu une exception \u00e0 son \u00ab\u00a0concept supr\u00eame\u00a0\u00bb d\u2019objet en g\u00e9n\u00e9ral. Il n\u2019est pourtant pas certain que, faute d\u2019\u00eatre un objet des sens ou un objet d\u2019exp\u00e9rience, le noum\u00e8ne kantien, f\u00fbt-il pris au sens n\u00e9gatif, tombe en dehors du domaine de l\u2019objet en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: il invite peut-\u00eatre davantage \u00e0 \u00e9largir la sph\u00e8re des objets \u00e0 ce qui n\u2019est pas objet de connaissance, donc \u00e0 aller au-del\u00e0 du ph\u00e9nom\u00e8ne, dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment rar\u00e9fi\u00e9 de la pure pens\u00e9e<sup>7<\/sup>. L\u2019intention de Jean-Luc Marion semble en m\u00eame temps bien \u00e9loign\u00e9e d\u2019un tel dessein\u00a0: il ne s\u2019agit aucunement, dans <em>CN<\/em>, de quitter le terrain du ph\u00e9nom\u00e8ne, mais bien au contraire d\u2019en faire le sol ultime de toute division ult\u00e9rieure en confirmant et en appliquant le pr\u00e9cepte ph\u00e9nom\u00e9nologique selon lequel \u00ab\u00a0autant d\u2019appara\u00eetre, autant d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La distinction avanc\u00e9e au \u00a7\u00a027 de l\u2019ouvrage poss\u00e9derait ainsi, \u00e0 nos yeux, une l\u00e9gitimit\u00e9 plus ph\u00e9nom\u00e9nologique que d\u2019inspiration kantienne\u00a0: c\u2019est lorsque l\u2019on a accept\u00e9 de faire du ph\u00e9nom\u00e8ne un terme ultime qu\u2019\u00ab\u00a0il devient [\u2026] licite et au moins non contradictoire de substituer \u00e0 la distinction des objets en ph\u00e9nom\u00e8nes et noum\u00e8nes une autre distinction \u2013 celle de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes en objets (ph\u00e9nom\u00e8nes diminu\u00e9s) et \u00e9v\u00e9nements (ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s)\u00a0\u00bb (CN, 280). L\u2019ob\u00e9dience ph\u00e9nom\u00e9nologique de la distinction doit en outre s\u2019entendre au sens plus pr\u00e9cis d\u2019une conformit\u00e9 au projet de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation\u00a0: le partage entre l\u2019objet comme ph\u00e9nom\u00e8ne diminu\u00e9 et l\u2019\u00e9v\u00e9nement comme ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9 r\u00e9sulte en effet de la mise en \u0153uvre du crit\u00e8re de la saturation.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il est \u00e0 noter que <em>CN<\/em> ent\u00e9rine au sujet du ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9 la terminologie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: de ce fait, la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation se trouve implicitement m\u00e9tamorphos\u00e9e en une ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00e9v\u00e9nementiale qui en fournirait la variante ultime. Les rapports entre ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9 et \u00e9v\u00e9nement semblent ainsi r\u00e9gl\u00e9s au profit d\u2019une synonymie parfaite, sans reste<sup>8<\/sup>. Mais puisque l\u2019\u00e9v\u00e9nementialit\u00e9 nomme aussi le mode de donn\u00e9e du ph\u00e9nom\u00e8ne en tant que satur\u00e9, la distinction de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes en objets et \u00e9v\u00e9nements peut \u00e9galement se pr\u00e9senter comme une distinction seulement modale (c\u2019est ce que sugg\u00e8re aussi, plus loin, l\u2019importante avanc\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0variation herm\u00e9neutique\u00a0\u00bb (CN, 304) que conna\u00eet la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 et qui peut faire appara\u00eetre, successivement, dans un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne, l\u2019objet et l\u2019\u00e9v\u00e9nement). Dans cette perspective, \u00ab\u00a0[l]\u2019objet et l\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019opposent comme deux figures de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9, l\u2019une \u00e0 la mesure de ce que je peux en constituer activement, l\u2019autre \u00e0 la d\u00e9mesure de ce que je ne peux que recevoir\u00a0\u00bb (CN, 281). La m\u00e9tamorphose \u00e9v\u00e9nementiale de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation poursuit donc inlassablement sa critique de la ph\u00e9nom\u00e9nologie constituante<sup>9<\/sup> ou transcendantale.<\/p>\n<p>Le passage au premier plan de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour autant qu\u2019il \u00ab\u00a0accomplit [\u2026] la propri\u00e9t\u00e9 essentielle du ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb (CN, 283)<sup>10<\/sup>, commande en outre l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle table des ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0\u00bb (CN, 301 n.1), cens\u00e9e ajuster la topique du ph\u00e9nom\u00e8ne propos\u00e9e par le \u00a7\u00a023 d\u2019<em>ED<\/em><sup>11<\/sup> afin de la restituer dans sa vraie complexit\u00e9. Selon la nouvelle topique pr\u00e9sente dans <em>CN<\/em>, les ph\u00e9nom\u00e8nes pauvres en intuition (objectit\u00e9s logiques et math\u00e9matiques) et les ph\u00e9nom\u00e8nes de droit commun (objets des sciences de la nature, objets techniques) se regroupent sous la m\u00eame cat\u00e9gorie de ph\u00e9nom\u00e8nes du type de l\u2019objet, par opposition aux ph\u00e9nom\u00e8nes du type de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui comprennent les ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s simples (qui reprennent la quadripartition de la table kantienne des cat\u00e9gories \u2013 selon la quantit\u00e9\u00a0: l\u2019\u00e9v\u00e9nement au sens restreint, selon la qualit\u00e9\u00a0: l\u2019idole ou le tableau, selon la relation\u00a0: la chair, et selon la modalit\u00e9\u00a0: l\u2019ic\u00f4ne ou le visage d\u2019autrui) d\u2019une part, et les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9v\u00e9lation, combinant plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s, comme le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9rotique et la R\u00e9v\u00e9lation, d\u2019autre part.<\/p>\n<p>\u00c0 cette occasion, l\u2019auteur s\u2019emploie aussi \u00e0 expliciter les rapports entre saturation et \u00e9v\u00e9nementialit\u00e9, en insistant sur leur lien indissoluble\u00a0: \u00ab\u00a0un ph\u00e9nom\u00e8ne se montre d\u2019autant plus satur\u00e9, qu\u2019il se donne avec une plus grande \u00e9v\u00e9nementialit\u00e9\u00a0\u00bb (CN, 301 n.\u00a01). Il y aurait donc un rapport de proportionnalit\u00e9 directe entre la saturation du ph\u00e9nom\u00e8ne, qui nomme sa teneur en intuition, et le caract\u00e8re plus ou moins \u00e9v\u00e9nemential de son mode de donn\u00e9e. Toutefois, le crit\u00e8re de la teneur intuitive que la saturation met en avant ne veut pas dire que, de l\u2019objet \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, nous soyons pass\u00e9s d\u2019un type d\u2019intuition \u00e0 un autre (comme, chez Kant, en passant du ph\u00e9nom\u00e8ne au noum\u00e8ne au sens positif), il nous confronte plut\u00f4t aux variations d\u2019un m\u00eame type d\u2019intuition, donc variations d\u2019une m\u00eame ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019objet constitue la figure appauvrie de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9, appauvrie parce que diminu\u00e9e en intuition, au contraire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ph\u00e9nom\u00e8ne satur\u00e9 d\u2019intuition\u00a0\u00bb (CN, 302)<sup>12<\/sup>. Puisqu\u2019il correspond \u00e0 une division du champ du ph\u00e9nom\u00e8ne, l\u2019\u00e9v\u00e9nement ne nomme donc pas l\u2019inapparent, il ne peut pas \u00e0 proprement parler \u00eatre compar\u00e9 au noum\u00e8ne, ou alors, il fournirait la figure hautement paradoxale, oxymorique m\u00eame d\u2019un point de vue kantien, \u00ab\u00a0d\u2019un <em>noum\u00e8ne qui appara\u00eetrait<\/em> \u00bb (CN, 302). Cette probl\u00e9matique possibilit\u00e9 d\u2019une apparition du noum\u00e8ne ou de la chose en soi, ni\u00e9e par Kant dans le registre de la raison th\u00e9orique, se laisse pourtant apercevoir, dans l\u2019espace de la philosophie critique, lorsque est affront\u00e9e la question de la causalit\u00e9 par libert\u00e9\u00a0: la r\u00e9solution de la Troisi\u00e8me Antinomie dans la <em>Critique de la raison pure<\/em> (relay\u00e9e sur ce point par l\u2019\u00ab\u00a0Examen critique de l\u2019Analytique\u00a0\u00bb dans la <em>Critique de la raison pratique<\/em>) ouvre, comme on le sait, la voie d\u2019une double appr\u00e9hension d\u2019une m\u00eame action en tant que d\u00e9termin\u00e9e et en tant que libre.<\/p>\n<p>S\u2019inspirant de cet acquis kantien crucial, Jean-Luc Marion avance dans <em>CN<\/em> une th\u00e8se fort novatrice dans le contexte de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation\u00a0: l\u2019id\u00e9e d\u2019une variation herm\u00e9neutique de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9, selon laquelle la diff\u00e9rence entre l\u2019objet et l\u2019\u00e9v\u00e9nement serait aussi, en d\u00e9finitive, une diff\u00e9rence d\u2019appr\u00e9hension, analogue \u00e0 celle qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019analyse heidegg\u00e9rienne de l\u2019outil, selon laquelle \u00ab\u00a0le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne (ici le marteau) peut varier du statut d\u2019objet subsistant \u00e0 celui d\u2019usuel selon la variation de mon regard ph\u00e9nom\u00e9nologique\u00a0\u00bb (CN, 305). En effet, s\u2019il est admis que la distinction des ph\u00e9nom\u00e8nes en objets et \u00e9v\u00e9nements s\u2019enracine dans les variations de l\u2019intuition, un seul pas suppl\u00e9mentaire doit \u00eatre franchi jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019elle est relative au regard qui, actif au sein m\u00eame de sa r\u00e9ceptivit\u00e9, enregistre ses variations (comme le prouvent \u00e9minemment la pratique artistique<sup>13<\/sup> et l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique). Ainsi, l\u2019intuitionnisme conduirait, comme chez Heidegger, \u00e0 l\u2019herm\u00e9neutique, qui semble devenir de cette mani\u00e8re \u00ab\u00a0l\u2019unique instance\u00a0\u00bb (CN, 306), ou en tout cas une instance beaucoup plus importante qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait auparavant, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation.<\/p>\n<p>La question se pose n\u00e9anmoins de savoir si, par cette insigne concession \u00e0 l\u2019herm\u00e9neutique qu\u2019op\u00e8re <em>CN<\/em>, renvoyant les oscillations de la saturation aux variations du regard, la r\u00e9f\u00e9rence rectrice au \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne, si pr\u00e9cieuse pour <em>ED<\/em>, n\u2019est pas perdue au profit d\u2019un nouvel engagement transcendantal, voire subjectiviste. Conscient sans doute de ce danger, Jean-Luc Marion demeure assez prudent dans la plupart de ses affirmations, comme le prouve la th\u00e8se plut\u00f4t faible selon laquelle \u00ab\u00a0la distinction des modes de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 (pour nous entre objet et \u00e9v\u00e9nement) <em>peut s\u2019articuler <\/em>sur des variations herm\u00e9neutiques\u00a0\u00bb (CN, 307, nous soulignons). Rien n\u2019indique ici que la nouvelle topique du ph\u00e9nom\u00e8ne aurait sa racine m\u00eame dans une variation herm\u00e9neutique\u00a0: il nous est dit seulement qu\u2019elle est susceptible de s\u2019illustrer par une telle variation ou de se greffer sur elle. Mais cette r\u00e9serve cohabite avec des assertions plus fortes\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne d\u00e9pend que de mon regard que m\u00eame une pierre puisse, parfois, appara\u00eetre comme un \u00e9v\u00e9nement (par exemple si mon pied heurtait un pav\u00e9 qui d\u00e9passe [\u2026]) \u2013 ou, inversement, que m\u00eame Dieu puisse parfois appara\u00eetre comme un objet (par exemple dans l\u2019idol\u00e2trie et son instrumentalisation politique)\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.). N\u2019est-ce pas l\u00e0 une r\u00e9vocation implicite de la position d\u2019<em>ED<\/em> selon laquelle \u00ab\u00a0l\u2019initiative appartient en principe au ph\u00e9nom\u00e8ne, non au regard\u00a0\u00bb (ED, 225)?<\/p>\n<p>Nous laisserons ici ouverte cette question et nous examinerons bri\u00e8vement, pour finir, la Conclusion de <em>CN<\/em>, qui a la forme d\u2019un \u00ab\u00a0\u00e9loge du paradoxe\u00a0\u00bb. \u00c0 la fin de l\u2019ouvrage, il devient manifeste que le concept qui fournit son titre op\u00e8re non seulement un \u00ab\u00a0\u00e9largissement du th\u00e9\u00e2tre de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9\u00a0\u00bb (selon l\u2019expression d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e de l\u2019Avant-propos), mais aussi un \u00ab\u00a0\u00e9largissement de la rationalit\u00e9\u00a0\u00bb (CN, 309). La corr\u00e9lation de ces deux \u00e9largissements conduit \u00e0 une articulation nouvelle entre ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et herm\u00e9neutique\u00a0: la \u00ab\u00a0d\u00e9termination des ph\u00e9nom\u00e8nes comme donn\u00e9s\u00a0\u00bb aboutit \u00e0 une \u00ab\u00a0herm\u00e9neutique des horizons\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0tend \u00e0 retranscrire tous les ph\u00e9nom\u00e8nes de prime abord consid\u00e9r\u00e9s comme des objets ou des \u00e9tants en ph\u00e9nom\u00e8nes originairement donn\u00e9s, parce que s<em>e donnant en soi<\/em> \u00bb (CN, 310, 311). Le r\u00f4le de l\u2019herm\u00e9neutique dans ce contexte est, nous le comprenons, de remonter du ph\u00e9nom\u00e8ne vers son mode de donn\u00e9e et d\u2019en mettre ainsi \u00e0 jour le caract\u00e8re \u00e9v\u00e9nemential. Mais lorsque l\u2019on passe \u00e0 la saturation (qui accomplit d\u00e9j\u00e0 un \u00e9largissement suppl\u00e9mentaire de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9), le travail du ph\u00e9nom\u00e9nologue semble devenir plus \u00ab\u00a0po\u00ef\u00e9tique\u00a0\u00bb (si nous pouvons risquer le terme dans ce contexte) qu\u2019herm\u00e9neutique\u00a0: \u00ab\u00a0Cet \u00e9largissement ne consiste plus seulement ici en une herm\u00e9neutique de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9j\u00e0 visibles et re\u00e7us (les transcrivant de l\u2019objectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nementialit\u00e9), mais en l\u2019<em>invention<\/em> de ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s, jusqu\u2019alors m\u00e9connus en vertu m\u00eame de leur exc\u00e8s d\u2019\u00e9vidence\u00a0\u00bb (CN, 313). En approfondissant l\u2019horizon de la donation, la d\u00e9couverte de la saturation d\u00e9bouche donc sur un nouvel infl\u00e9chissement du sens m\u00eame de la d\u00e9marche ph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/p>\n<p>Il importe toutefois d\u2019aller plus loin, \u00ab\u00a0[a]u-del\u00e0 d\u2019une herm\u00e9neutique\u00a0\u00bb du donn\u00e9 et de \u00ab\u00a0l\u2019invention de la saturation\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est \u00ab\u00a0le domaine des <em>certitudes n\u00e9gatives<\/em> \u00bb qui offre un \u00ab\u00a0troisi\u00e8me \u00e9largissement de la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9\u00a0\u00bb par un ressort en effet paradoxal, consistant dans un r\u00e9investissement du \u00ab\u00a0motif fondamental de la limitation de la connaissance humaine\u00a0\u00bb (CN, 314). Ce dernier \u00e9largissement a donc lieu dans et par la finitude. C\u2019est pourquoi ce qui importe dans une telle d\u00e9marche qui ressuscite l\u2019esprit de la Critique kantienne<sup>14<\/sup> est pourtant, et avant tout, le r\u00e9sultat n\u00e9gatif\u00a0: \u00ab\u00a0Toute impossibilit\u00e9 en principe de r\u00e9pondre \u00e0 une question bien con\u00e7ue atteste, pour une raison finie, une certitude n\u00e9gative\u00a0\u00bb (CN, 316), affirme l\u2019auteur en soulignant une fois de plus l\u2019intime solidarit\u00e9 qui relie le th\u00e8me de la certitude n\u00e9gative \u00e0 une m\u00e9ditation de l\u2019impossible. L\u2019\u00e9largissement de la rationalit\u00e9<sup>15<\/sup> par des certitudes n\u00e9gatives assume ainsi son statut paradoxal<sup>16<\/sup> qu\u2019atteste \u00e9galement la formule oxymorique de l\u2019\u00ab\u00a0<em>infinie finitude<\/em> \u00bb d\u00e9voil\u00e9e par une telle entreprise. Par l\u00e0, Jean-Luc Marion renoue ouvertement avec le paradoxe kierkegaardien de la pens\u00e9e qui est de \u00ab\u00a0vouloir d\u00e9couvrir quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 son emprise<sup>17<\/sup> \u00bb. Au paradoxe ph\u00e9nom\u00e9nologique de la saturation, th\u00e9matis\u00e9 d\u00e8s <em>ED<\/em>, <em>CN<\/em> joint, pour l\u2019expliciter, le paradoxe \u00e9pist\u00e9mologique de la certitude n\u00e9gative, et renvoie ainsi le projet de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation \u00e0 l\u2019effort d\u2019une pens\u00e9e vou\u00e9e au paradoxe de mesurer ses forces \u00e0 l\u2019aune de ce qui leur \u00e9chappe par principe\u00a0: l\u2019impossible m\u00eame.<\/p>\n<p>___________________________<\/p>\n<p>1. L\u2019absence, dans cette liste, de <em>R\u00e9duction et donation<\/em>, l\u2019ouvrage qui inaugure la \u00ab\u00a0trilogie de la donation\u00a0\u00bb, n\u2019est peut-\u00eatre pas accidentelle. Nous autorise-t-elle toutefois \u00e0 penser que, en arrivant \u00e0 sa provisoire conclusion, la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la saturation se propose de faire l\u2019\u00e9conomie de la r\u00e9duction\u00a0? Il ne nous semble pas\u00a0: la r\u00e9duction est encore pr\u00e9sente dans <em>Certitudes n\u00e9gatives<\/em>, surtout dans les analyses portant sur le don, qui r\u00e9it\u00e8rent la \u00ab\u00a0r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique\u00a0\u00bb du don \u00e0 la donation. Mais en m\u00eame temps, le deuxi\u00e8me chapitre propose une r\u00e9flexion sur l\u2019irr\u00e9ductible et fait par l\u00e0 signe vers les limites de la r\u00e9duction.<\/p>\n<p>2. Jean-Luc Marion, <em>Certitudes n\u00e9gatives<\/em> (Paris\u00a0: Grasset, 2010), 9. Par la suite, l\u2019abr\u00e9viation CN sera utilis\u00e9e dans le texte.<\/p>\n<p>3. Les exemples de Kant sont divers\u00a0: de deux forces physiques s\u2019opposant dans l\u2019espace, l\u2019une est une grandeur n\u00e9gative \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019autre tout autant que l\u2019ombre est une grandeur n\u00e9gative par rapport \u00e0 la lumi\u00e8re, le froid par rapport \u00e0 la chaleur, la haine face \u00e0 l\u2019amour ou le d\u00e9m\u00e9rite face au m\u00e9rite. Cf. Immanuel Kant, <em>Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur n\u00e9gative<\/em>, trad. par Roger Kempf (Paris\u00a0: Vrin, 1980).<\/p>\n<p>4. Il est significatif en ce sens qu\u2019en 1781, dans la <em>Critique de la raison pure<\/em> et dans l\u2019horizon de la supr\u00e9matie du concept d\u2019\u00ab\u00a0objet en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, les grandeurs n\u00e9gatives se trouveront rel\u00e9gu\u00e9es dans la table du Rien, dont elles illustrent la deuxi\u00e8me figure\u00a0: le <em>nihil privativum<\/em> qui nomme, pr\u00e9cis\u00e9ment, le ph\u00e9nom\u00e8ne (tr\u00e8s) pauvre en intuition. Cf. Immanuel Kant, <em>Critique de la raison pure<\/em>, A 292\/ B 348-49.<\/p>\n<p>5. De m\u00eame que la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation n\u2019est pas une \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e9nologie n\u00e9gative\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0la plus positive des ph\u00e9nom\u00e9nologies\u00a0\u00bb. Cf. Jean-Luc Marion, <em>\u00c9tant donn\u00e9. Essai d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation<\/em> (Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 1997, 1998\u00b2), 16-17 n. 1. Par la suite, l\u2019abr\u00e9viation ED sera utilis\u00e9e dans le texte.<\/p>\n<p>6. La fameuse distinction kantienne est celle \u00ab\u00a0de tous les objets en g\u00e9n\u00e9ral en ph\u00e9nom\u00e8nes et noum\u00e8nes\u00a0\u00bb, selon le titre du chapitre III de l\u2019Analytique des principes dans la <em>Critique de la raison pure<\/em>.<\/p>\n<p>7. La table kantienne du Rien semble confirmer cette hypoth\u00e8se de lecture en identifiant le noum\u00e8ne \u00e0 l\u2019<em>ens rationis <\/em>: comme \u00eatre de pens\u00e9e, le noum\u00e8ne est encore quelque chose, un <em>ens<\/em>, bien que son concept soit vide et que de ce manque d\u2019intuition d\u00e9coule, il est vrai, un manque d\u2019objet sensible.<\/p>\n<p>8. C\u2019est vers une telle synonymie que se dirigent aussi les analyses du chapitre II de <em>De surcro\u00eet<\/em>, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9v\u00e9nement ou le ph\u00e9nom\u00e8ne advenant\u00a0\u00bb. Cf. Jean-Luc Marion, <em>De surcro\u00eet\u00a0: \u00e9tudes sur les ph\u00e9nom\u00e8nes satur\u00e9s<\/em> (Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 2001). Cf. aussi ED, \u00a7\u00a017, 225-44.<\/p>\n<p>9. Cela \u00e9quivaut \u00e9galement \u00e0 la critique d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie centr\u00e9e sur le th\u00e8me de l\u2019intentionnalit\u00e9, pour autant que l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00ab n\u2019advient pas comme l\u2019effet de notre intention, de notre intentionnalit\u00e9\u00a0\u00bb (CN, 281).<\/p>\n<p>10. Cette propri\u00e9t\u00e9 est \u00ab\u00a0de <em>se<\/em> montrer en soi-m\u00eame, pour autant qu\u2019il <em>se<\/em> donne par soi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>11. Cette premi\u00e8re topique, au sein de laquelle l\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est pr\u00e9sent qu\u2019en son sens restreint, enregistre trois types de ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0: pauvres en intuition, de droit commun et satur\u00e9s (ou paradoxes\u00a0: \u00e9v\u00e9nement, idole, chair, ic\u00f4ne et, derni\u00e8rement, presque comme relevant d\u2019une topique distincte, le ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9v\u00e9lation comme \u00ab\u00a0paradoxe des paradoxes\u00a0\u00bb). Cf. ED, 309-25.<\/p>\n<p>12. Cf. aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Plus un ph\u00e9nom\u00e8ne appara\u00eet comme satur\u00e9 (s\u2019\u00e9v\u00e9nementialise), plus il s\u2019av\u00e8re satur\u00e9 d\u2019intuition. Plus il appara\u00eet comme objet (s\u2019objectivise), plus il s\u2019av\u00e8re pauvre en intuition\u00a0\u00bb. Cela permet de conclure que \u00ab\u00a0[l]a distinction des ph\u00e9nom\u00e8nes en objets et \u00e9v\u00e9nements trouve donc un fondement dans les variations de l\u2019intuition\u00a0\u00bb (CN, 307).<\/p>\n<p>13. Le t\u00e9moignage de Kandinsky est ainsi invoqu\u00e9 par l\u2019auteur au moment m\u00eame o\u00f9 s\u2019amorce la distinction entre l\u2019objet et l\u2019\u00e9v\u00e9nement (CN, 271-73).<\/p>\n<p>14. \u00ab\u00a0Car si la connaissance d\u00e9finit du m\u00eame coup les conditions finies de la possibilit\u00e9 (et donc de l\u2019impossibilit\u00e9) des objets de la connaissance, il devient non seulement pensable, mais aussi in\u00e9vitable de d\u00e9terminer <em>a priori<\/em> ce qui peut se conna\u00eetre et ce qui ne le peut pas, et m\u00eame les questions qui ne peuvent pas et ne pourront <em>a priori<\/em> jamais recevoir de r\u00e9ponse\u00a0\u00bb (CN, 316).<\/p>\n<p>15. Il est \u00e0 souligner que, dans <em>CN<\/em>, cet \u00e9largissement se veut <em>neutre <\/em>: il ne s\u2019agit pas (ou du moins pas directement) d\u2019un plaidoyer pour la \u00ab\u00a0rationalit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb, pour citer le sous-titre de l\u2019ouvrage de Jean-Luc Marion contemporain de <em>CN<\/em>, <em>Le croire pour le voir<\/em>. Cf. Jean-Luc Marion, <em>Le croire pour le voir<\/em>. <em>R\u00e9flexions diverses sur la rationalit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation et l\u2019irrationalit\u00e9 de quelques croyants<\/em> (Saint-Maur\u00a0: Communio, 2010).<\/p>\n<p>16. La double d\u00e9couverte de la donation et de la saturation provoque d\u00e9j\u00e0, aux yeux de l\u2019auteur, une confrontation au paradoxe\u00a0: \u00ab\u00a0Reste que reconna\u00eetre l\u2019horizon de la donation comme le plus originaire, admettre la banalit\u00e9 de la saturation et constater les certitudes n\u00e9gatives provoque in\u00e9vitablement au paradoxe\u00a0\u00bb (CN, 317).<\/p>\n<p>17. S\u00f8ren Kierkegaard, <em>Miettes philosophiques<\/em>, cit\u00e9 par l\u2019auteur (CN, 317).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Luc Marion, Certitudes n\u00e9gatives. Paris\u00a0: Grasset, 2010; 324 pages. ISBN\u00a0: 978-2246669319. Par Claudia-Cristina Serban, Universit\u00e9 Paris-Sorbonne (Paris IV). Publi\u00e9 dans Symposium 15:2 (2011). Jean-Luc Marion pr\u00e9sente son dernier ouvrage comme une continuation, voire une conclusion (au moins provisoire) de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la donation et de la saturation \u00e9labor\u00e9e dans ses livres pr\u00e9c\u00e9dents (notamment \u00c9tant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[141],"tags":[164],"class_list":["post-4468","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-comptes-rendus","tag-phenomenologie","et-doesnt-have-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"publishpress_future_action":{"enabled":false,"date":"2026-05-07 12:57:39","action":"Draft","newStatus":"draft","terms":[],"taxonomy":"category"},"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4468"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4468\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}