{"id":4646,"date":"2014-09-16T20:24:57","date_gmt":"2014-09-17T00:24:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.surfzen.com\/cscp\/2014\/09\/16\/joseph-tanke-et-colin-mcquillan-dirs-the-bloomsbury-anthology-of-aesthetics-2.html"},"modified":"2017-11-08T16:11:25","modified_gmt":"2017-11-08T21:11:25","slug":"joseph-tanke-et-colin-mcquillan-dirs-the-bloomsbury-anthology-of-aesthetics-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/2014\/09\/16\/joseph-tanke-et-colin-mcquillan-dirs-the-bloomsbury-anthology-of-aesthetics-2","title":{"rendered":"Joseph Tanke et Colin McQuillan (dirs.), The Bloomsbury Anthology of Aesthetics"},"content":{"rendered":"<p>[amazon_link asins=&rsquo;1441138269&prime; template=&rsquo;CSCP&rsquo; store=&rsquo;cs066b-20&prime; marketplace=&rsquo;CA&rsquo; link_id=&rsquo;44e44332-c4c9-11e7-bbb4-a9c26b9b7083&prime;]<\/p>\n<p><strong>Tanke, Joseph, et Colin McQuillan (dirs.), <i>The Bloomsbury Anthology of Aesthetics<\/i>, New York et Londres, Bloomsbury Academic, 2012, 630p.<\/strong><\/p>\n<p><em>Compte-rendu de Yves Laberge, Universit\u00e9 d\u2019Ottawa<\/em><\/p>\n<p>Cette immense anthologie regroupe quarante-neuf extraits de textes d\u00e9j\u00e0 existants, d\u2019auteurs souvent c\u00e9l\u00e8bres mais quelquefois obscurs, portant g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019esth\u00e9tique et la philosophie de l\u2019art. Subdivis\u00e9 chronologiquement en cinq sections, l\u2019ouvrage d\u00e9bute par une s\u00e9rie de quatre textes classiques comprenant des extraits de la <i>R\u00e9publique<\/i> de Platon, de la <i>Po\u00e9tique<\/i> d\u2019Aristote, mais aussi des passages des <i>Enn\u00e9ades<\/i> de Plotin et du <i>Trait\u00e9 du sublime<\/i> attribu\u00e9 \u00e0 Longin. Les quatre parties suivantes couvrent successivement le Moyen \u00c2ge et la Renaissance (avec entre autres Saint-Augustin, Saint-Thomas d\u2019Aquin), puis les pr\u00e9modernes (dont Jean-Baptiste DuBos et David Hume), la p\u00e9riode moderne de la fin du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019au milieu du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (comprenant Kant, Hegel, Nietzsche, jusqu\u2019\u00e0 Maurice Merleau-Ponty), et enfin les \u00e9crits sur l\u2019esth\u00e9tique contemporaine allant des ann\u00e9es 1960 \u00e0 nos jours, soit de Michel Foucault et Jacques Derrida jusqu\u2019\u00e0 Gilles Deleuze et Alain Badiou (qui signe le texte le plus r\u00e9cent du recueil, dat\u00e9 de 2005).<\/p>\n<p>Dans leur (trop) courte \u00ab Introduction \u00bb de seulement trois pages, les co\u00e9diteurs expliquent leur attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e du \u00ab Beau \u00bb et du \u00ab Sublime \u00bb pour composer ce recueil dense bas\u00e9 avant tout sur l\u2019esth\u00e9tique, par opposition \u00e0 d\u2019autres disciplines comme la sociologie de l\u2019art et les \u00e9tudes culturelles (\u00ab <i>Cultural Studies <\/i>\u00bb) qui sont ici d\u00e9nigr\u00e9es \u2014 d\u00e8s la premi\u00e8re page de ce livre \u2014 par les professeurs Tanke et McQuillan (p. ix). Plus loin, les co\u00e9diteurs rappellent cette distinction n\u00e9cessaire entre l\u2019\u00e9tude de l\u2019esth\u00e9tique et le vaste domaine de la philosophie de l\u2019art, qui sont trop souvent confondus (p. ix). On laissera donc de c\u00f4t\u00e9 les dimensions socio-\u00e9conomiques sur la production et la circulation de l\u2019art (p. x).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie contient des textes souvent cit\u00e9s par des auteurs contemporains et permet ainsi de retourner \u00e0 la source de certaines id\u00e9es; par exemple l\u2019essai de Giorgio Vasari sur \u00ab Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes \u00bb servira de base \u00e0 la d\u00e9monstration d\u2019Arthur Danto (\u00ab Apr\u00e8s la fin de l&rsquo;art \u00bb, 1996) dont on d\u00e9couvrira plus loin un extrait \u2014 mais sans inclure le passage contenant la mention explicite \u00e0 propos de Vasari (p. 550).<\/p>\n<p>Quel serait le fil conducteur des textes r\u00e9unis ici? Sans doute une pr\u00e9occupation constante de d\u00e9finir et de comprendre le beau et le sublime, deux id\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es et articul\u00e9es de multiples mani\u00e8res au fil des si\u00e8cles (p. viii). Ainsi, dans un texte magnifique de 1757 sur la \u00ab Recherche philosophique sur l&rsquo;origine de nos id\u00e9es du sublime et du beau \u00bb, Edmund Burke introduit des crit\u00e8res d\u2019appr\u00e9ciation classiques comme le vaste, la grandeur, l\u2019infini, ou encore l\u2019uniformit\u00e9 (p. 174). Cette recherche de l\u2019id\u00e9al trouve un \u00e9cho logique dans les pages de Novalis sur l\u2019absolu, mais aussi dans plusieurs autres textes (p. 311).<\/p>\n<p>Pour \u00e9valuer une telle anthologie, deux questions se posent syst\u00e9matiquement : d\u2019abord, est-ce que les textes essentiels de cette discipline y sont bien inclus, et ensuite, quelles sont les bonnes surprises qui donnent \u00e0 ce recueil son originalit\u00e9, ne serait-ce que pour le distinguer des ouvrages similaires? Sur le premier point, ce <i>Bloomsbury Anthology of Aesthetics<\/i> ne d\u00e9\u00e7oit pas puisqu\u2019on y retrouve autant des pages classiques d\u2019Aristote et Platon, celles de Kant et de Nietzsche, puis la quasi-int\u00e9gralit\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre article de Walter Benjamin (\u00ab L&rsquo;\u0152uvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de sa reproductibilit\u00e9 technique\u00a0\u00bb), ou encore des extraits tr\u00e8s riches de Maurice Merleau-Ponty (tir\u00e9s de \u00ab\u00a0L&rsquo;\u0153il et l&rsquo;esprit \u00bb). Quant aux bonnes surprises, celles-ci sont assez nombreuses. Parmi ces choix \u00e0 souligner pour leur pertinence, la partie centrale permet le plus grand nombre de d\u00e9couvertes, notamment avec \u00ab Les beaux-arts r\u00e9duits \u00e0 un m\u00eame principe \u00bb (1746), de Charles Batteux (1713\u20131780), qui tente de relier le sublime au g\u00e9nie artistique et aborde par ailleurs la notion de go\u00fbt, voire de bon go\u00fbt (p. 147).<\/p>\n<p>Tr\u00e8s ax\u00e9e sur les philosophes allemands du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la quatri\u00e8me partie d\u00e9bute logiquement par la <i>Critique du jugement<\/i> de Kant; cet extrait est d\u2019ailleurs le plus substantiel de l\u2019ouvrage (pp. 246\u2013285). Suivent des passages choisis chez une douzaine d\u2019auteurs dont Hegel, Schiller, et Marcuse. Quelques non-philosophes ayant admirablement \u00e9crit sur l\u2019esth\u00e9tique ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 inclus, par exemple Boileau pour son \u00ab Art po\u00e9tique \u00bb ou encore l\u2019historien de l&rsquo;art Meyer Schapiro.<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans un style diff\u00e9rent et moins flamboyant, on retrouve dans la cinqui\u00e8me section un texte de l\u2019incontournable th\u00e9oricienne f\u00e9ministe Laura Mulvey\u00a0: son c\u00e9l\u00e8bre essai intitul\u00e9 \u00ab Visual Pleasure and Narrative Cinema \u00bb (1975) figurait autrefois parmi les plus cit\u00e9s et l\u2019un des plus repris dans les anthologies de langue anglaise sur les th\u00e9ories f\u00e9ministes, en \u00e9tudes sur le genre, en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques et en \u00e9tudes culturelles. Dans cet article retranscrit int\u00e9gralement et s\u2019appuyant sur les plus beaux films d\u2019Alfred Hitchcock (<i>Fen\u00eatre sur cour<\/i> et <i>Sueurs froides<\/i>), Laura Mulvey soutient que le plaisir visuel pouvant exister dans le cin\u00e9ma hollywoodien s\u2019apparenterait \u00e0 une forme de voyeurisme; ces films seraient d\u2019abord et avant tout con\u00e7us par des hommes pour un auditoire masculin ou consid\u00e9r\u00e9 comme tel (p. 582).<\/p>\n<p>Dans la derni\u00e8re section, les pages d\u00e9senchant\u00e9es d\u2019Arthur Danto (l\u2019auteur de \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la fin de l&rsquo;art\u00a0\u00bb) contiennent certains de ses propos sur une hypoth\u00e9tique fin de l&rsquo;art correspondant \u00e0 la disparition du \u00ab\u00a0grand r\u00e9cit\u00a0\u00bb de l\u2019histoire de l\u2019art conventionnelle; celui-ci aurait trouv\u00e9 sa derni\u00e8re manifestation dans le Pop Art (p. 550). Malheureusement, ce recueil ne contient pas de conclusion et se termine abruptement par un texte de Jacques Ranci\u00e8re sur la r\u00e9volution esth\u00e9tique, qui d\u00e9bute par une allusion aux indispensables \u00ab\u00a0Lettres sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb (1795) de Schiller, partiellement incluses dans une section pr\u00e9c\u00e9dente (p. 613). On remarque d\u2019ailleurs que plusieurs auteurs classiques ou modernes \u00e9voqu\u00e9s dans les derniers chapitres \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de l\u2019anthologie; cet \u00e9quilibre des id\u00e9es et cette coh\u00e9rence des extraits sont tr\u00e8s appr\u00e9ciables et contribuent \u00e0 rendre cet ouvrage plus autonome.<\/p>\n<p>Ce qui distingue cette anthologie des autres ouvrages qui lui sont similaires serait la forte proportion de textes et d\u2019auteurs non-anglophones, ce qui est \u00e0 souligner, venant de la part de deux universitaires am\u00e9ricains. Le lecteur francophone ne s\u2019\u00e9tonnera pas outre mesure de retrouver ici des auteurs essentiels comme Baudelaire et Paul Val\u00e9ry, mais on peut croire que leurs \u00e9crits sur l\u2019art sembleront probablement nouveaux pour les universitaires des \u00c9tats-Unis et du Canada anglais. A ce propos, Tanke et McQuillan affirment ironiquement que ces auteurs fran\u00e7ais (ajout\u00e9s \u00e0 Novalis) apporteront une touche de \u00ab concret qui manque souvent aux trait\u00e9s philosophiques \u00bb (p. x).<\/p>\n<p>Certains passages demanderaient cependant \u00e0 \u00eatre mieux mis en contexte. Ainsi, ass\u00e9ner au lecteur sans aucun pr\u00e9ambule un extrait du <i>Monde comme volont\u00e9 et comme repr\u00e9sentation<\/i> de Schopenhauer (et encore, pas le tout d\u00e9but de l\u2019argumentation, mais le milieu) risque de d\u00e9router les \u00e9tudiants les plus motiv\u00e9s, m\u00eame si quelques paragraphes des co\u00e9diteurs situent bri\u00e8vement l\u2019apport de cet extrait dans l\u2019ensemble du recueil (voir pp. 241\u2013242).<\/p>\n<p>Quelques r\u00e9serves doivent cependant \u00eatre formul\u00e9es. Curieusement, les co\u00e9diteurs ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas inclure de pr\u00e9sentations individuelles des textes retenus; seules les cinq t\u00eates de chapitres subdivisant les sections de l\u2019ouvrage comportent une br\u00e8ve mise en contexte de chacun des textes retenus. Autrement, l\u2019intervention externe de Tanke et McQuillan se limite uniquement au d\u00e9coupage des extraits et, dans certains cas, \u00e0 quelques notes en fin de chapitre, la plupart du temps pour apporter des pr\u00e9cisions mineures sur la traduction du fran\u00e7ais vers l\u2019anglais (voir les notes 5 et 8, p. 482). Toutefois, on ne sait pas toujours si les notes en fin de chapitres proviennent de l\u2019\u00e9dition originale de l\u2019ouvrage cit\u00e9, des traducteurs, ou de la part des co\u00e9diteurs de l\u2019anthologie. Ce manque de pr\u00e9cision de la part des co\u00e9diteurs peut \u00eatre per\u00e7u comme une lacune. Autre point faible\u00a0: les textes choisis ne sont pas toujours clairement dat\u00e9s, ni au d\u00e9but des extraits, ni dans la table des mati\u00e8res. On se borne \u00e0 mentionner une ann\u00e9e de publication (et non la date d\u2019\u00e9criture) dans les cinq t\u00eates de chapitres et dans les remerciements (!), mais sans indiquer s\u2019il s\u2019agit de l\u2019ann\u00e9e de la parution initiale en langue \u00e9trang\u00e8re ou celle de la premi\u00e8re traduction anglaise (voir p. x\u2013xiii, et p. 471). Plus grave encore, certains textes pr\u00e9sent\u00e9s ici n\u2019ont absolument aucune date, par exemple ceux de P\u00e9trarque et de Giorgio Vasari (p. 72). On n\u2019indique pas non plus les pages (ou les num\u00e9ros des chapitres) d\u2019o\u00f9 provenaient initialement les extraits retranscrits. Enfin, un dernier reproche toucherait l\u2019index partiel qui n\u2019inclut que des noms propres; il aurait fallu y ajouter au moins quelques termes-cl\u00e9s pour en faciliter le rep\u00e9rage, la consultation ou la lecture en diagonale.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant les quelques remarques qui pr\u00e9c\u00e8dent, cette ambitieuse anthologie sur l\u2019esth\u00e9tique des \u00e9ditions Bloomsbury servira pr\u00e9f\u00e9rablement aux th\u00e9sards de langue anglaise qui seraient \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9crits vari\u00e9s sur l\u2019art, selon une perspective r\u00e9solument philosophique, qui se veut \u00e9minemment distincte de l\u2019histoire de l\u2019art ou de la sociologie de l\u2019art. Comme la plupart de ces textes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 disponibles en fran\u00e7ais, cette anthologie ne sera pas indispensable pour les biblioth\u00e8ques francophones mais profitera davantage aux institutions de langue anglaise.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[amazon_link asins=&rsquo;1441138269&prime; template=&rsquo;CSCP&rsquo; store=&rsquo;cs066b-20&prime; marketplace=&rsquo;CA&rsquo; link_id=&rsquo;44e44332-c4c9-11e7-bbb4-a9c26b9b7083&prime;] Tanke, Joseph, et Colin McQuillan (dirs.), The Bloomsbury Anthology of Aesthetics, New York et Londres, Bloomsbury Academic, 2012, 630p. 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