{"id":6308,"date":"2018-06-04T09:00:50","date_gmt":"2018-06-04T13:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/c-scp.org?p=6308"},"modified":"2018-06-04T09:15:57","modified_gmt":"2018-06-04T13:15:57","slug":"thomas-fuchs-ecology-of-the-brain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/2018\/06\/04\/thomas-fuchs-ecology-of-the-brain","title":{"rendered":"Thomas Fuchs, Ecology of the Brain."},"content":{"rendered":"<p>[amazon_link asins=&rsquo;0199646880&prime; template=&rsquo;CSCP&rsquo; store=&rsquo;cs066b-20&prime; marketplace=&rsquo;CA&rsquo; link_id=&rsquo;1dfd10c0-67f6-11e8-aa1b-3f9463b6a48e&rsquo;]<strong>Thomas Fuchs, <em>Ecology of the Brain. The Phenomenology and Biology of the Embodied Mind<\/em>, Oxford, Oxford University Press, 2018; 336 pages. ISBN: 978-0199646883<\/strong><\/p>\n<p><em>Compte rendu de Stefan Kristensen, Universit\u00e9 de Heidelberg<\/em><\/p>\n<p>Thomas Fuchs est titulaire de la chaire \u00ab\u00a0Karl Jaspers pour les fondements philosophiques de la psychiatrie\u00a0\u00bb \u00e0 la Clinique universitaire de psychiatrie \u00e0 Heidelberg. En digne h\u00e9ritier de Jaspers, il occupe une position acad\u00e9mique \u00e0 la fois philosophique et psychiatrique. Apr\u00e8s une th\u00e8se d\u2019histoire de la m\u00e9decine, publi\u00e9e en anglais en 2001, sur la circulation sanguine chez Thomas Harvey et Ren\u00e9 Descartes, il a publi\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 grand nombre d\u2019\u00e9tudes notamment sur la m\u00e9moire corporelle, la schizophr\u00e9nie et la d\u00e9pression qui articulent une perspective ph\u00e9nom\u00e9nologique renouvel\u00e9e et une exp\u00e9rience psychopathologique solide. Il publie en 2008 un ouvrage important, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 plusieurs fois, intitul\u00e9 <em>Le cerveau, un organe de relations<\/em> o\u00f9 il propose une th\u00e9orie ph\u00e9nom\u00e9nologique du cerveau en tant qu\u2019organe de la subjectivit\u00e9. En 2018, para\u00eet une version fortement retravaill\u00e9e en anglais, et c\u2019est l\u2019occasion de faire le point sur une pens\u00e9e actuelle incontournable en Allemagne et dans le monde anglo-saxon et qui trouve de plus en plus de lecteurs en France\u00a0; Thomas Fuchs \u00e9tait le centre en juin 2016 d\u2019une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude organis\u00e9e par l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de Daseinsanalyse, et le cercle de ses lecteurs s\u2019\u00e9tend de plus en plus.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Fuchs est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la pratique scientifique et clinique, tant dans la formulation des probl\u00e9matiques que dans le style d\u2019argumentation et d\u2019\u00e9criture. En ce sens, il puise principalement \u00e0 deux sources\u00a0: d\u2019une part, la ph\u00e9nom\u00e9nologie merleau-pontienne dans ses positions fondamentales, avant que ce dernier ne se pose la question d\u2019une ontologie fondamentale et, d\u2019autre part, dans la tradition de l\u2019anthropologie philosophique, en particulier dans l\u2019\u0153uvre de Helmut Plessner, mais aussi celle de Karl Jaspers. L\u2019ouvrage ici en question combine de mani\u00e8re efficace ces deux matrices \u00e0 partir desquelles il soumet les pr\u00e9suppos\u00e9s des neurosciences actuelles \u00e0 un examen tr\u00e8s rigoureux. L\u2019entreprise d\u2019une r\u00e9elle ph\u00e9nom\u00e9nologie du cerveau est suffisamment radicale et rare pour qu\u2019on esp\u00e8re lui voir occuper une place centrale dans les d\u00e9bats contemporains sur la subjectivit\u00e9 et sur les neurosciences. Son livre a pour vertus non seulement de donner les armes n\u00e9cessaires pour se lib\u00e9rer de toute tentation physicaliste ou positiviste en mati\u00e8re de neurologie, mais encore de montrer de mani\u00e8re tr\u00e8s rigoureuse comment concilier la recherche neurologique la plus r\u00e9cente avec la th\u00e8se que la dimension de l\u2019exp\u00e9rience est irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>En bon merleau-pontien, Fuchs a divis\u00e9 son ouvrage en deux parties\u00a0: la premi\u00e8re est, \u00e0 l\u2019instar de la partie introductive de la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>, une r\u00e9futation tr\u00e8s percutante de ce qu\u2019il nomme le \u00ab\u00a0r\u00e9ductionnisme neurobiologique\u00a0\u00bb, alors que la seconde d\u00e9ploie sa th\u00e9orie du cerveau comme un organe de nos relations, le corps comme organe de l\u2019\u00eatre vivant et le corps comme organe de la personne. Il s\u2019agit d\u2019une th\u00e9orie \u00e9cologique au sens le plus profond de ce terme, \u00e0 la fois biologique, psychique et social, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois \u00e0 Gregory Bateson et \u00e0 Jakob von Uexk\u00fcll et sa conception du milieu (<em>Umwelt<\/em>) et des rapports du milieu et du sujet vivant. La d\u00e9marche de Fuchs montre que la d\u00e9marche ph\u00e9nom\u00e9nologique est particuli\u00e8rement bien plac\u00e9e pour formuler une conception qui tienne compte de toutes les dimensions du probl\u00e8me. En l\u2019occurrence, la question est celle du r\u00f4le jou\u00e9 effectivement par le cerveau dans la vie du sujet.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie passe au tamis les pr\u00e9suppos\u00e9s et les th\u00e8ses \u00ab\u00a0neuroconstructivistes\u00a0\u00bb, ou ce qu\u2019il appelle aussi le \u00ab\u00a0r\u00e9ductionnisme neurobiologique\u00a0\u00bb. Ces deux chapitres sont aussi pr\u00e9visibles qu\u2019efficaces. Il s\u2019agit en effet de montrer toute l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019id\u00e9e, pourtant dominante aujourd\u2019hui, que c\u2019est le cerveau qui accomplit les actions qui \u00e9taient imput\u00e9es traditionnellement \u00e0 l\u2019esprit. Dans le premier chapitre, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cosmos dans la t\u00eate\u00a0?\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de d\u00e9masquer l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie implicite de l\u2019id\u00e9ologie neurologique actuelle, selon laquelle la r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale est un reflet ou une reconstruction interne du monde ext\u00e9rieur. La force de la strat\u00e9gie de Fuchs ici est de montrer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un id\u00e9alisme constructiviste \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des pr\u00e9tentions empiristes et scientifiques de ses promoteurs\u00a0: comme il l\u2019\u00e9crit avec une pointe d\u2019ironie, \u00ab\u00a0la chambre id\u00e9aliste de la conscience et le monde neurobiologique int\u00e9rieur du cerveau se correspondent \u00e9tonnamment bien\u00a0\u00bb (p.\u00a08\u00a0; les extraits cit\u00e9s sont traduits par moi). Cette id\u00e9e saugrenue du monde comme construction int\u00e9rieure est attaqu\u00e9e en trois \u00e9tapes, avec \u00e0 chaque fois comme arme fatale l\u2019argument du caract\u00e8re \u00ab\u00a0\u00e9nactif\u00a0\u00bb de la perception, \u00e0 savoir que la perception n\u2019est pas d\u2019abord un enregistrement plus ou moins fid\u00e8le de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, mais une action du corps. De fait, le cerveau seul ne per\u00e7oit rien \u2013 c\u2019est toujours le corps comme totalit\u00e9 qui per\u00e7oit. Le courant \u00ab\u00a0\u00e9nactif\u00a0\u00bb dans la philosophie contemporaine est repr\u00e9sent\u00e9 aujourd\u2019hui par des figures telles que Evan Thompson, Uriah Kriegel, ou encore Fuchs lui-m\u00eame, qui ont en commun de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Francisco Varela. Les th\u00e8ses centrales sont que la perception est une forme d\u2019action et que l\u2019organisme vivant est une unit\u00e9 avec une capacit\u00e9 d\u2019autoproduction, ou <em>autopo\u00ef\u00e8se<\/em>. Cette capacit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui le d\u00e9finit \u00e9galement comme un soi, comme une unit\u00e9 individuelle avec une perspective sur le monde.<\/p>\n<p>Fuchs \u00e9labore sa critique sur la base des conceptions de Varela, mais c\u2019est la conclusion de ce chapitre qui attire le plus l\u2019attention\u00a0: dans le dernier paragraphe du chapitre, Fuchs pose la question de l\u2019enjeu de ce conflit. Ne pourrait-on pas, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, accepter la th\u00e9orie scientifique selon laquelle la r\u00e9alit\u00e9 subjective est une construction de notre cerveau et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, continuer notre vie quotidienne comme si notre perception s\u2019ajustait effectivement \u00e0 notre environnement\u00a0? La r\u00e9ponse qu\u2019il propose est \u00e9thique\u00a0: en acceptant l\u2019id\u00e9e que la r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e par les sujets humains est une construction virtuelle, nous nions par l\u00e0 notre autonomie et notre confiance en nous-m\u00eames, \u00ab\u00a0notre propre jugement et confiance envers le monde est alors fondamentalement \u00e9branl\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est comme si, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0nous sommes bl\u00e2m\u00e9s ou m\u00eame m\u00e9pris\u00e9s parce que nous ne percevons pas les choses comme la science le voudrait\u00a0\u00bb (p.\u00a028). Ainsi, en derni\u00e8re analyse, \u00ab\u00a0la question de ce qui est \u201cr\u00e9ellement r\u00e9el\u201d\u00a0\u00bb est une question \u00e9thique qui implique une position sur l\u2019autonomie du sujet, sur l\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autrui et du monde. Dire que l\u2019enjeu est le sens m\u00eame de l\u2019existence humaine peut para\u00eetre trivial, mais c\u2019est tout de m\u00eame significatif, notamment dans la perspective du propos du livre, qui est de pr\u00e9senter le cerveau comme un organe de relations et de justifier par l\u00e0 une th\u00e9orie \u00e9cologique des tissus neuronaux.<\/p>\n<p>Dans le deuxi\u00e8me chapitre, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le cerveau en tant qu\u2019h\u00e9ritier du sujet\u00a0?\u00a0\u00bb, ce sont les th\u00e8ses du constructivisme neurobiologique qui subissent trois secousses irr\u00e9parables\u00a0: d\u2019abord un rappel du caract\u00e8re irr\u00e9ductible de la subjectivit\u00e9, puis la mise en \u00e9vidence des erreurs cat\u00e9goriales du r\u00e9ductionnisme et enfin une analyse de la structure de l\u2019action et une r\u00e9futation du d\u00e9terminisme neurobiologique. En r\u00e9affirmant l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 de la subjectivit\u00e9, Fuchs met l\u2019accent sur le sentiment de soi sur le plan corporel-affectif, \u00e9galement connu comme \u00ab\u00a0soi minimal\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au concept d\u2019auto-affection d\u00e9crit par Michel Henry dans son <em>Essence de la manifestation<\/em>. La nuance particuli\u00e8re de Fuchs sur ce concept est un accent pos\u00e9 sur l\u2019affectivit\u00e9, qui contraste avec d\u2019autres acteurs du d\u00e9bat, notamment Dan Zahavi, qui tendent \u00e0 privil\u00e9gier le sujet connaissant. En lien avec l\u2019argument de la premi\u00e8re personne, Fuchs offre une critique efficace de l\u2019usage en neurosciences du concept de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0carte\u00a0\u00bb en montrant que ce concept implique n\u00e9cessairement une instance subjective pour qui elle fait sens. \u00ab\u00a0Ainsi, si la notion de repr\u00e9sentation devait servir \u00e0 \u00e9liminer l\u2019exp\u00e9rience subjective ou \u00e0 identifier les \u00e9tats subjectifs \u00e0 des \u00e9tats c\u00e9r\u00e9braux, le neurologue perd de vue la condition pr\u00e9alable de sa recherche\u00a0: sa propre subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (p.\u00a043). L\u2019oubli de la pr\u00e9sence et de l\u2019activit\u00e9 du scientifique qui fait l\u2019exp\u00e9rience \u00e9voque aussi les prises de position de Merleau-Ponty dans les chapitres introductifs de la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>.<\/p>\n<p>Les erreurs cat\u00e9goriales li\u00e9es \u00e0 l\u2019identification du sujet avec son cerveau sont l\u2019erreur m\u00e9r\u00e9ologique o\u00f9 le cerveau, qui est une partie du corps, est pris pour le tout, et l\u2019erreur de localisation o\u00f9 l\u2019on imagine que la perception se passe au m\u00eame endroit que le stimulus c\u00e9r\u00e9bral. Ces deux erreurs sont li\u00e9es dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit \u00e0 chaque fois de ne pas confondre le lieu o\u00f9 une activit\u00e9 neuronale se produit et l\u2019espace de l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame. Chaque fonction particuli\u00e8re de la conscience est aussi en m\u00eame temps une fonction de la totalit\u00e9 du sujet. Le d\u00e9terminisme si puissant dans les discours neurobiologiques actuels s\u2019appuie encore aujourd\u2019hui sur les exp\u00e9riences de Benjamin Libet, qui montrait dans les ann\u00e9es 1980 que la disposition \u00e0 l\u2019action est visible dans le cortex environ une demi-seconde avant que la personne ne d\u00e9clenche consciemment l\u2019action. Sur cette base, il pensait d\u00e9montrer que nos actions sont d\u00e9termin\u00e9es par un mouvement c\u00e9r\u00e9bral qui pr\u00e9c\u00e8de le mouvement de la volont\u00e9\u00a0; or cela suppose l\u2019existence d\u2019une instance telle qu\u2019un Ego cart\u00e9sien qui serait un pilote dans l\u2019espace c\u00e9r\u00e9bral, alors que le cerveau remplit une fonction dans une totalit\u00e9 qui est celle du sujet corporel. Ainsi, Fuchs r\u00e9interpr\u00e8te l\u2019exp\u00e9rience de Libet pour montrer que les mouvements c\u00e9r\u00e9braux anticipatoires sont ceux d\u2019une disponibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019action et non pas le signe d\u2019une d\u00e9termination causale de l\u2019action. La description neurobiologique explique seulement un mouvement corporel \u00ab\u00a0comme \u00e9v\u00e9nement physiologique\u00a0\u00bb, mais en aucun cas comme action, puisque cela suppose des \u00e9l\u00e9ments complexes tels que les d\u00e9sirs, les pens\u00e9es et les affects de la personne.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la seconde partie, consacr\u00e9e pour l\u2019essentiel \u00e0 la description des fonctions et de la nature du cerveau dans un sujet incarn\u00e9, Fuchs d\u00e9veloppe sur quelques pages sa conception de la vie et de son rapport \u00e0 la subjectivit\u00e9. Il \u00e9crit que \u00ab\u00a0quoi que nous pr\u00e9voyions ou fassions consciemment, nous vivons sur la base d\u2019un arri\u00e8re-fond inconscient corporel que nous ne sommes jamais capables de r\u00e9v\u00e9ler enti\u00e8rement \u00e0 nous-m\u00eames\u00a0\u00bb (p.\u00a071). Merleau-Ponty est cit\u00e9 dans ces passages, notamment pour sa conception des habitudes et de la m\u00e9moire corporelle. Mais Fuchs \u00e9vite soigneusement la notion de \u00ab\u00a0chair\u00a0\u00bb et plus g\u00e9n\u00e9ralement le projet d\u2019une ontologie fondamentale du sensible. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il d\u00e9limite le territoire d\u2019une ontologie moniste, mais sans y entrer\u00a0; il soutient la th\u00e8se selon laquelle notre corps biologique et notre corps v\u00e9cu forment deux c\u00f4t\u00e9s et non pas deux substances ontologiquement distinctes. Comme alternative au dualisme ontologique du \u00ab\u00a0mental\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0physique\u00a0\u00bb, il substitue une \u00ab\u00a0dualit\u00e9 d\u2019aspect\u00a0\u00bb. Le corps-comme-objet et le corps-comme-sujet sont les deux aspects \u00ab\u00a0de l\u2019\u00eatre vivant comme unit\u00e9 ontologique, en tant qu\u2019elle est manifest\u00e9e, entre autres choses, par la coextensivit\u00e9 fondamentale du corps subjectif et du corps physique\u00a0\u00bb (p.\u00a080). Cette coextensivit\u00e9 fonde le parall\u00e9lisme psycho-physique, le fait qu\u2019un \u00e9tat c\u00e9r\u00e9bral co\u00efncide avec l\u2019\u00e9tat mental dont il est le support. Fuchs introduit un \u00ab\u00a0monisme m\u00e9diatis\u00e9\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019organisme vivant est une unit\u00e9 fondamentale, mais qui appara\u00eet n\u00e9cessairement sous un aspect \u00e0 l\u2019exclusion de l\u2019autre, une conception qu\u2019il puise chez le Merleau-Ponty de la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>, mais surtout chez Plessner et son ouvrage aussi crucial que m\u00e9connu, <em>Les Degr\u00e9s de l\u2019organique et l\u2019Homme<\/em> (1928).<\/p>\n<p>Selon Fuchs, il n\u2019est ni n\u00e9cessaire ni possible dans cette perspective de s\u2019interroger sur la nature profonde de cet \u00eatre dual. Il n\u2019\u00e9labore pas les raisons pour lesquelles il renonce \u00e0 poser la question d\u2019une ontologique fondamentale, mais on peut avancer sans trop de risques l\u2019hypoth\u00e8se suivante\u00a0: ce qui d\u00e9finit le vivant est pr\u00e9cis\u00e9ment la dualit\u00e9 d\u2019aspect, et pour cette raison, il n\u2019y a pas de point de vue \u00e0 partir duquel la nature unitaire de cet \u00eatre pourrait appara\u00eetre, puisque la dualit\u00e9 d\u2019aspect pose une alternative exclusive sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, soit la perspective en premi\u00e8re personne, soit en troisi\u00e8me personne. La dualit\u00e9 d\u2019aspect est aussi une dualit\u00e9 de perspective et, par cons\u00e9quent, l\u2019interrogation sur l\u2019essence du vivant retombe \u00e0 chaque fois sur l\u2019une des deux perspectives\u00a0; elle est donc vou\u00e9e \u00e0 manquer l\u2019unit\u00e9 dont elles sont les aspects. La conclusion ontologique tir\u00e9e par Fuchs repose en effet sur le concept de vie. Le vivant est constitutivement un ph\u00e9nom\u00e8ne biface, \u00e0 la fois objet d\u2019une exp\u00e9rience subjective et processus physiologique observable de l\u2019ext\u00e9rieur. \u00ab\u00a0Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, ces aspects sont compl\u00e9mentaires, c\u2019est-\u00e0-dire que les descriptions respectives de l\u2019un et de l\u2019autre ne sont pas transf\u00e9rables et ne montrent que certaines corr\u00e9lations et similarit\u00e9s structurelles. [\u2026] Puisque l\u2019organisme vivant et sa vie forment la fondation de chacun des deux aspects, l\u2019aspect dual ne signifie pas un dualisme ontologique, mais un monisme m\u00e9diatis\u00e9 [<em>mediated monism<\/em>], ou bien en termes h\u00e9g\u00e9liens, une unit\u00e9 dialectique d\u2019unit\u00e9 et de diversit\u00e9\u00a0: les aspects sont les caract\u00e9ristiques <em>objectivement distinctes<\/em> d\u2019<em>un seul et m\u00eame \u00eatre vivant<\/em>.\u00a0\u00bb (p.\u00a080) La r\u00e9alit\u00e9 fondamentale est celle de la vie, et la vie donne lieu \u00e0 deux manifestations distinctes du m\u00eame \u00eatre. Mais comme il n\u2019existe pas un point de vue \u00e0 partir duquel on pourrait d\u00e9crire l\u2019unit\u00e9 de cet \u00eatre, l\u2019attitude ph\u00e9nom\u00e9nologique barre le chemin d\u2019une interrogation ontologique fondamentale, comme celle tent\u00e9e par Merleau-Ponty avec la notion de chair.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de la dualit\u00e9 d\u2019aspect est transversale\u00a0; elle concerne autant le plan biologique, le plan psychique que le plan des relations sociales. Sur chacun de ces plans, le vivant que nous sommes peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 du point de vue de l\u2019agent en premi\u00e8re personne ou d\u2019un point de vue externe. Ces deux aspects ne co\u00efncident pas bien qu\u2019ils soient coextensifs\u00a0; mais leurs relations sont plus riches qu\u2019une simple correspondance ou corr\u00e9lation. On constate une causalit\u00e9 circulaire \u00e0 chacun des niveaux, ainsi qu\u2019entre les niveaux. Par exemple, sur le plan biologique, les recherches contemporaines en neurologie ont \u00e9tabli le fait de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale\u00a0; or c\u2019est bien les exp\u00e9riences (en premi\u00e8re personne) qui font \u00e9voluer les tissus c\u00e9r\u00e9braux qui permettent par leur structure que l\u2019exp\u00e9rience en question ait lieu. Cette notion de causalit\u00e9 circulaire m\u00e9rite un d\u00e9tour. C\u2019est par l\u00e0 que s\u2019explique la nature sp\u00e9cifique du vivant\u00a0: les deux aspects du vivant sont li\u00e9s par une causalit\u00e9 d\u2019un genre particulier\u00a0; l\u2019aspect organique et l\u2019aspect subjectif sont non seulement les deux faces d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce, mais ces deux faces sont en interaction constante comme le montrent les recherches les plus r\u00e9centes sur la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et sur l\u2019\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique. En langage plus m\u00e9taphorique, on peut dire que la relation de causalit\u00e9 r\u00e9ciproque et circulaire relie et retourne sur eux-m\u00eames les deux feuillets de l\u2019\u00eatre dont parlait le dernier Merleau-Ponty.<\/p>\n<p>La causalit\u00e9 circulaire est de deux types, verticale et horizontale. Verticale au niveau de l\u2019\u00eatre vivant, reliant le niveau mol\u00e9culaire, cellulaire et organique pour constituer la totalit\u00e9 de l\u2019organisme, et horizontale pour les relations de l\u2019organisme et de son milieu. La causalit\u00e9 horizontale est \u00e9galement \u00e0 plusieurs niveaux\u00a0: au niveau mol\u00e9culaire, au niveau des organes et de l\u2019organisme entier. Ces causalit\u00e9s circulaires caract\u00e9risent en propre le vivant. Elles se distinguent de la causalit\u00e9 lin\u00e9aire o\u00f9 l\u2019effet est pr\u00e9visible d\u00e8s qu\u2019on conna\u00eet la cause, et forment ensemble ce que Fuchs appelle la \u00ab\u00a0causalit\u00e9 int\u00e9grale de la vie\u00a0\u00bb. Parler de causalit\u00e9 circulaire implique naturellement un \u00e9largissement de la notion m\u00eame de causalit\u00e9\u00a0: cause efficiente, mais aussi cause formelle et implication. Cette causalit\u00e9 circulaire d\u00e9crit la mani\u00e8re dont l\u2019exp\u00e9rience participe \u00e0 former les structures physiologiques qui la rendent possible en retour. Fuchs donne l\u2019exemple apparemment simple de dire une phrase\u00a0: d\u2019une part, les mouvements de ma langue et de mon larynx ont pour cause efficiente la production d\u2019un neurotransmetteur sp\u00e9cifique dans les muscles concern\u00e9s, l\u2019ac\u00e9tylcholine. En ce sens, il y a une causalit\u00e9 effective\u00a0; mais en sens inverse, on peut dire, souligne Fuchs, que ma langue et mon larynx se meuvent <em>en raison du fait que <\/em>je parle. Or cette causalit\u00e9-l\u00e0 est de l\u2019ordre d\u2019une cause s\u00e9lective\u00a0: \u00ab\u00a0les muscles sont toujours pr\u00eats \u00e0 une excitation, ils pourraient se contracter d\u2019une multitude d\u2019autres mani\u00e8res, mais ils sont impliqu\u00e9s dans une dynamique sup\u00e9rieure hautement s\u00e9lective\u00a0\u00bb (p.\u00a096). Il y a une double direction du haut vers le bas, qui organise les mouvements musculaires et physiologiques, et du bas vers le haut, qui r\u00e9alise les mouvements donnant lieu aux sons et modulations de la parole. Une structure analogue caract\u00e9rise l\u2019ensemble des dimensions du vivant, comme par exemple la relation entre les g\u00e8nes et l\u2019organisme\u00a0: la structure g\u00e9n\u00e9tique s\u00e9lectionne et contr\u00f4le la composition des organes, tandis que la configuration globale de l\u2019organisme participe \u00e0 d\u00e9finir quels g\u00e8nes seront pertinents pour son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019unit\u00e9 de ces mouvements circulaires qui fait l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du sujet humain, dans son interaction constante avec son milieu, et le cerveau joue un r\u00f4le central dans ces processus. Il joue le r\u00f4le d\u2019un <em>transformateur<\/em>, ou d\u2019un <em>m\u00e9diateur<\/em>, en ce sens qu\u2019il transf\u00e8re les mouvements qui se produisent au niveau sup\u00e9rieur vers les niveaux inf\u00e9rieurs, et inversement, en les rendant agissants \u00e0 chaque niveau. Ce r\u00f4le du cerveau se constate aussi sur le plan de la causalit\u00e9 horizontale, \u00e0 savoir des interactions entre l\u2019organisme et son milieu. Ainsi, le cerveau permet \u00e0 l\u2019organisme de cr\u00e9er et de maintenir des capacit\u00e9s pour lesquelles il serait absurde de chercher des d\u00e9terminations causales lin\u00e9aires, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles s\u2019exercent dans des contextes diff\u00e9rents. Les cercles de la causalit\u00e9 circulaire ne sont pas des boucles ferm\u00e9es, mais ouvertes, puisque l\u2019installation d\u2019une capacit\u00e9 est aussi en m\u00eame temps l\u2019anticipation d\u2019une t\u00e2che \u00e0 venir, d\u2019un potentiel. La fonction du cerveau est de transformer par exemple des structures per\u00e7ues en excitations neuronales, c\u2019est-\u00e0-dire de traduire des mouvements qui ont lieu \u00e0 un certain niveau de l\u2019existence de l\u2019organisme vers un autre niveau. Elle n\u2019est pas de stocker et de traiter de l\u2019information. Si c\u2019\u00e9tait le cas, une forme de causalit\u00e9 lin\u00e9aire pourrait s\u2019appliquer, ce qui n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pas le cas. Le cerveau permet \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9gration centrale de ces excitations, \u00e0 savoir leur r\u00e9sonance avec des <em>patterns<\/em> d\u2019activation pr\u00e9figur\u00e9s et leur connexion avec des substrats de m\u00e9moire, d\u2019\u00e9valuation, etc., voil\u00e0 ce qui produit l\u2019\u00e9tat complexe de fonctionnement du cerveau qui, \u00e0 son tour, est corr\u00e9l\u00e9 avec la perception consciente\u00a0\u00bb (p. 159). Mais c\u2019est seulement l\u2019\u00e9tat conscient qui contient des significations, en aucun cas les \u00e9tats neurophysiologiques. C\u2019est ainsi que Fuchs d\u00e9finit finalement le cerveau comme organe de r\u00e9sonance, \u00ab\u00a0dont les oscillations rythmiques \u00e9tablissent continuellement une coh\u00e9rence entre l\u2019organisme et l\u2019environnement\u00a0\u00bb (p.\u00a0166), ce qui renvoie \u00e0 la conception aristot\u00e9licienne de la perception, expos\u00e9e dans le <em>De Anima<\/em>, o\u00f9 l\u2019organe de la perception unitaire, la notion de forme (<em>eidos<\/em>) d\u00e9crit bien l\u2019op\u00e9ration du cerveau qui consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 transf\u00e9rer des formes d\u2019un niveau \u00e0 l\u2019autre. Cela s\u2019applique particuli\u00e8rement bien aussi lorsqu\u2019on pose la question du r\u00f4le du cerveau dans le contexte intersubjectif et social.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, l\u2019argumentation de Fuchs est fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e plessnerienne d\u2019\u00ab\u00a0imm\u00e9diatet\u00e9 m\u00e9diate\u00a0\u00bb de la relation entre sujet et objet, \u00e0 savoir une relation o\u00f9 un lien de m\u00e9diation est n\u00e9cessaire pour \u00e9tablir le caract\u00e8re direct et imm\u00e9diat de la relation. La m\u00e9diation du cerveau est n\u00e9cessaire pour nous donner la conscience d\u2019un rapport direct avec les choses. Voil\u00e0 qui permet de donner un sens diff\u00e9rent au r\u00e9alisme philosophique\u00a0: nous ne sommes pas dans l\u2019alternative d\u2019un enfermement dans la bo\u00eete de l\u2019esprit ou dans la posture d\u2019une cam\u00e9ra qui enregistre passivement les choses au dehors. Ce qui permet \u00e0 la perception de nous mettre en contact direct avec les choses, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la distance et la marge de man\u0153uvre que cr\u00e9e l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Ce r\u00e9alisme est fond\u00e9 aussi sur le fait de l\u2019intersubjectivit\u00e9 de notre rapport aux choses \u2013 \u00ab\u00a0les processus multiples de m\u00e9diation et de transformation, qui sous-tendent ma perception, peuvent aussi devenir le fondement d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 <em>partag\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb (p.\u00a0171). Le cinqui\u00e8me chapitre est tout entier consacr\u00e9 \u00e0 cette question des rapports entre les structures sociales et culturelles du d\u00e9veloppement neuronal.<\/p>\n<p>On pourrait continuer longtemps \u00e0 d\u00e9gager les richesses de cette \u00ab\u00a0\u00e9cologie du cerveau\u00a0\u00bb. Il subsiste \u00e0 la fin de la lecture une l\u00e9g\u00e8re frustration. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, comme ma lecture en t\u00e9moigne, l\u2019ouvrage est lui-m\u00eame d\u2019une \u00e9cologie parfaite, mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de se demander ce qu\u2019il adviendrait d\u2019une confrontation avec les th\u00e8ses de Bergson sur le cerveau, ou bien avec l\u2019une ou l\u2019autre approche issue de la psychanalyse s\u2019agissant de la question de l\u2019affectivit\u00e9 ou des pulsions. Par exemple, Fuchs \u00e9voque la notion spinozienne de <em>conatus<\/em> pour d\u00e9signer l\u2019activit\u00e9 spontan\u00e9e et autonome de la vie que nous constatons en nous-m\u00eames lorsque nous avons faim, soif ou que nous \u00e9prouvons un d\u00e9sir sexuel. Il \u00e9crit \u00e0 ce propos que \u00ab\u00a0nous faisons l\u2019exp\u00e9rience en nous-m\u00eames d\u2019une source de devenir, une origine de la spontan\u00e9it\u00e9 et du mouvement dont nous ne pouvons pas prendre possessions\u00a0\u00bb, et que \u00ab\u00a0notre histoire de vie individuelle commence avec une pr\u00e9histoire inconsciente du soi\u00a0\u00bb (p.\u00a071). Il souligne clairement la th\u00e8se selon laquelle il y a un fond indistinct sur lequel le monde appara\u00eet et que ce fond est le corps-sujet. Mais le fait m\u00eame de saisir ce fond comme celui du corps individuel, puis de traiter de l\u2019intersubjectivit\u00e9 comme une complexification de cette dimension occulte le fait que, pr\u00e9cis\u00e9ment, les structures et les rapports de force intersubjectifs jouent un r\u00f4le essentiel dans la boucle causale qui caract\u00e9rise notre subjectivit\u00e9. Et d\u00e8s lors qu\u2019on pose cette question, celle de la composition concr\u00e8te du fond indistinct sur lequel nos actes prennent sens, on est dans le champ investi depuis une centaine d\u2019ann\u00e9es par la psychanalyse.<\/p>\n<p>Justement, \u00e0 travers sa d\u00e9marche orient\u00e9e principalement contre le r\u00e9ductionnisme neurobiologique, Fuchs permet de clarifier et de comprendre les enjeux d\u2019un dialogue entre la ph\u00e9nom\u00e9nologie et la psychanalyse. En quoi consiste le fond indistinct de l\u2019existence humaine\u00a0? Quelle est la part du biologique, de l\u2019affectif et du social\u00a0? Comment le corps manifeste-t-il les mouvements inconscients qui agitent les individus et les groupes\u00a0? Avec l\u2019ouvrage de Fuchs, on a l\u2019interlocuteur ph\u00e9nom\u00e9nologue pour la psychanalyse de groupe de Didier Anzieu, pour la psychosomatique analytique de Pierre Marty et de Fran\u00e7oise Dolto ou encore pour la schizo-analyse de F\u00e9lix Guattari et Gilles Deleuze, pour \u00e9voquer quelques exemples des propositions \u00e9labor\u00e9es dans la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle pass\u00e9. Mais il s\u2019agit d\u2019un interlocuteur qui tient au postulat de l\u2019unit\u00e9 du corps propre et \u00e0 la continuit\u00e9 entre l\u2019inconscient et le conscient, qui reste fermement ancr\u00e9 sur le terrain de la description de l\u2019exp\u00e9rience et reste \u00e0 une prudente distance de toute tentation sp\u00e9culative. \u00c0 nous lecteurs aventureux de nous saisir de cet outil d\u2019autant plus utile que sa forme est achev\u00e9e. La frustration possible ressentie \u00e0 la lecture se laisse facilement convertir en \u00e9nergie cr\u00e9ative.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Travaux suppl\u00e9mentaires cit\u00e9s<\/p>\n<p>Fuchs, Thomas (2001), <em>The Mechanization of the Heart\u00a0: Harvey and Descartes<\/em>. (Rochester University Press).<\/p>\n<p>Fuchs, Thomas (2009),<em> Das Gehirn, ein Beziehungsorgan<\/em>, (Stuttgart\u00a0: Kohlhammer).<\/p>\n<p>Plessner, Helmut (2017), <em>Les degr\u00e9s de l\u2019organique et l\u2019Homme<\/em>, trad. Pierre Osmo. (Paris\u00a0: Gallimard).<\/p>\n<p>Zahavi, Dan (2015), <em>Self and Other. Exploring Subjectivity, Empathy, and Shame<\/em> (Oxford\u00a0: Oxford University Press).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[amazon_link asins=&rsquo;0199646880&prime; template=&rsquo;CSCP&rsquo; store=&rsquo;cs066b-20&prime; marketplace=&rsquo;CA&rsquo; link_id=&rsquo;1dfd10c0-67f6-11e8-aa1b-3f9463b6a48e&rsquo;]Thomas Fuchs, Ecology of the Brain. The Phenomenology and Biology of the Embodied Mind, Oxford, Oxford University Press, 2018; 336 pages. ISBN: 978-0199646883 Compte rendu de Stefan Kristensen, Universit\u00e9 de Heidelberg Thomas Fuchs est titulaire de la chaire \u00ab\u00a0Karl Jaspers pour les fondements philosophiques de la psychiatrie\u00a0\u00bb \u00e0 la Clinique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[141],"tags":[154,246,245,164,169],"class_list":["post-6308","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-comptes-rendus","tag-biologie","tag-gilles-deleuze","tag-maurice-merleau-ponty","tag-phenomenologie","tag-psychologie","et-doesnt-have-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"publishpress_future_action":{"enabled":false,"date":"2026-05-27 16:25:44","action":"Draft","newStatus":"draft","terms":[],"taxonomy":"category"},"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6308","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6308"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6308\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6310,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6308\/revisions\/6310"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6308"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6308"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/c-scp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6308"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}